Reddition de Castres (20 août 1944)

Ce document est le brouillon de l’ultimatum adressé aux allemands de la garnison de Castres, le 20 août 1944. Il est de la main de Durenque :

Après avoir laissé mon père à la Préfecture, je passe devant le café Pontier et aperçois Durenque l’air soucieux. Je lui donne des nouvelles de Castres que j’ai eues le matin très tôt par le téléphone du petit train. Il faut pousser les allemands à la reddition. Nous rédigeons un ultimatum signé « le commandant des F.F.I. du Tarn et le capitaine commandant les commandos américains ».

 

J’emporte le brouillon du texte à Vabre, l’ultimatum parviendra par un employé du petit train à la Kommandantur de Castres. C’est vers 20h30 qu’Henri Combes accompagné de deux adjoints et moi entrerons en uniforme à la Kommandantur, que Segonzac vient de quitter et où les allemands discutent encore âprement. J’en profite pour exiger du capitaine que les hommes soient désarmés par leurs propres officiers et je vais rendre compte au Commandant Hugues à Labruguière.

 

Guy de Rouville

Il a été retrouvé, quarante ans plus tard, par Odile de Rouville, dissimulé dans la correspondance familiale de sa belle-mère. Il est maintenant déposé aux archives du maquis.

Recto
Colonel Durenque
Commandant des Forces Françaises du Tarn
Et le Commandant Le Gueu(1)
Chefs des Kommandos Américains

(1) – Dont le nom est en fait Conrad Lagueux

Verso

 

20.8.44
Au Commandant des troupes Allemandes de Castres

Vous êtes définitivement encerclé : les troupes franco-américaines du département du Tarn convergent vers vous.

Votre situation est désespérée. Si vous vous comportez en adversaires loyaux, nous nous montrerons saurons nous montrer chevaleresques.

Rendez-vous sans conditions, vous serez traités suivant les lois de la guerre. Sinon dans quarante-huit heures, nous vous attaquerons avec toutes nos forces et le concours de l’aviation.

Signé

Ce coup de bluff (mention de la présence de commandos américains) imaginé par Pol Roux atteindra son objectif et aboutira à la capture de 4.500 prisonniers allemands par des éléments de la zone A du Tarn.

Durenque peut réunir rapidement environ 400 hommes armés (dont 280 du secteur de Vabre). Le capitaine Lagueux commande onze hommes !!! Le bluff réussit. Au milieu de la nuit les Allemands signent leur capitulation.

 

Odile Paul-Roux – De la chouette au merle blanc

Copie du texte en allemand de la reddition de la garnison allemande de Castres

 

CONDITIONS DE LA REDDITION DE LA GARNISON DE CASTRES
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Les troupes de la garnison allemande de Castres acceptent de se rendre aux Forces Militaires Françaises placées sous le commandement du Général de Gaulle aux conditions suivantes :

1° – Toutes les armes, les stocks de vivres, le matériel automobile et hippomobile, l’habillement de la garnison allemande seront livrés en parfait état et sans aucune destruction préalable aux Forces Militaires Françaises.

2° – Les hommes de troupe désarmés seront rassemblés :

a) les militaires de nationalité allemande seront rassemblés au terrain de Péraudel.
b) Les militaires de nationalité non allemande seront rassemblés au terrain de sport de Bonnafé.

3° – Les sous-officiers suivront, suivant leur nationalité, le sort des hommes de troupe. Ils seront considérés comme responsables de la tenue et de la discipline des camps de prisonniers.

4° – Les officiers seront répartis suivant leur nationalité et leur appartenance à une unité dans les communes de Castres, Mazamet et Vabre. Ils seront libres sous conditions : la troupe et les sous-officiers répondront de leur attitude. Les officiers, sous-officiers et hommes de troupe allemands sont sous la protection des Forces Militaires Françaises. Les Officiers auront droit au port de leurs armes individuelles (révolvers) au service de l’ordonnance choisie par eux. Une résidence obligatoire leur sera désignée.

5° – Tout prisonnier aura le droit de disposer de ses effets personnels. Le principe d’une indemnité appropriée au travail qui leur sera demandé ultérieurement, est admis.

6° – Le personnel féminin Allemand résidera dans un immeuble désigné par le commandant des Forces Militaires Françaises qui se réserve de lui donner une affectation appropriée aux qualités professionnelle de ce personnel.

7° – La présente note rédigée à 15 heures recevra une réponse à 19 heures et sera appliquée le 21 Août dès le lever du soleil pour être réalisée à 9 heures du matin, heure à laquelle les Forces Militaires Françaises feront leur entrée dans la ville de Castres.

Le Cdt des F.F.I. J. Lamon ??? March
Hugues

Signé côté français par « Le Commandant des F.F.I. Hugues » et par le Capitaine Dumoulin sous son identité réelle de J. Lamon.

Jacques Lamon, gendre d’un industriel de Castres, membre de l’A.S., a été l’assistant principal de Hugues sur Castres pour toutes les tractations préliminaires à la reddition allemande. Il mènera ces tractations dangereuses à partir de son domicile personnel où il réside sous sa véritable identité avec sa femme et ses jeunes enfants. Après la reddition qu’il a contresignée avec Hugues, il sera nommé Commandant d’Armes de Castres.

Les archives du Maquis de Vabre détiennent un élément du texte en français, écrit à la main, peut être par J. Lamon ou son beau-frère Ambry, qui a aussi participé aux tractations qui ont précédé la reddition. L’écriture n’est ni celle de Hugues, ni celle de Pol Roux ou de Campagne.

Les officiers allemands et leurs ordonnances, prisonniers, quittent Castres pour Vabre

 

Le lendemain de la reddition de la garnison allemande de Castres, le commandant Dunoyer de Segonzac m’a appelé pour me confier la tâche de transférer à Vabre pour les y installer les officiers allemands prisonniers. Le petit train était prévu comme moyen de transport et des gendarmes devaient encadrer les prisonniers. Le départ était prévu pour 13 heures. Lorsque je me suis rendu devant la gare de Castres, le train était prêt et les officiers et leurs ordonnances étaient alignés devant les wagons, seuls les gendarmes n’étaient pas au rendez-vous. Le commandant allemand avait remarqué mon embarras et a immédiatement donné des ordres pour faire monter ses hommes dans les wagons. Je dois rappeler ici que suivant les conditions de la reddition, signée la veille, tous les officiers avaient le droit de conserver leur arme personnelle.

 

Entretemps sont également arrivés une dizaine de gendarmes pour convoyer les prisonniers. Le trajet se faisait sans incident et arrivés à Vabre, les allemands sont sortis des wagons pour s’aligner par rangs de quatre sur le quai. J’ai emmené les officiers supérieurs à l’hôtel alors que les officiers subalternes étaient conduits dans les bâtiments de l’école.

 

A l’hôtel, le commandant allemand qui était un ancien professeur de Faculté de Vienne, m’a remercié pour la parfaite organisation du transfert. Puis, à ma grande surprise, il a soudain retiré son parabellum de sa ceinture, me l’a tendu en disant : « Prenez le, je sais que je ne pourrai pas le conserver puisqu’aucune armée au monde ne peut se permettre de garder des prisonniers armés. Je vous le donne, je sais que cette arme est très prisée par les maquisards. Gardez le en souvenir de cet épisode ».

 

Il est vrai que j’étais très content que ce transfert se soit si bien passé car avec une poignée de gendarmes bedonnants je n’étais vraiment pas rassuré.

 

Pour la meilleure compréhension de cette anecdote, il faut préciser que les officiers allemands étaient armés et en nombre supérieur à nos effectifs et qu’ils se trouvaient dans une situation inconfortable du fait que certains d’entre eux, d’origine polonaise et russe les accusaient ouvertement de trahison.

 

François Harlant

 

Les officiers allemands ont été regroupés à l’Albinque pour être emmenés à Vabre par le petit train. Convoi spécial. Les maquisards étaient requis pour aller libérer et combattre du côté de St-Pons dans l’Hérault.

 

Il ne se trouva qu’un maquisard pour accompagner le train avec tous les officiers ayant encore leurs armes. Le maquisard était mon frère seul avec tous ces officiers allemands !

 

Heureusement les allemands étaient déboussolés mais disciplinés.

 

A Vabre on ne s’attendait pas à un tel afflux de tant d’officiers avec leurs femmes et leurs secrétaires. Il fallut improviser pour loger tout ce beau monde dans l’école, où quelques maquisards avec mitrailleuses dans les couloirs faisaient les costauds pour être à la hauteur de la tâche !

 

Edgard Fuchs

Le Commandant Hugues avec le futur maire de Castres, Mr Houpe, et le Commandant Lamon, initiateur des négociations, s’adresse aux castrais depuis le balcon du Grand Hôtel (Kommandantur), le 20 août vers 19 heures.

Pour une plus longue et plus complète histoire de la libération de Castres, consulter le site de D. Serres.