Du commandement de la zone A

Comme pour beaucoup de documents du maquis, cette note de Hugues (ci-dessous) touche plusieurs questions très différentes :

  1. Formation militaire des maquisards. Elle intéresse Hugues, officier d’active, qui vient de remplacer comme chef de la zone A, Ollier qui n’avait pas de compétence militaire.
  2. Hugues, alias Segonzac, alias « Le Vieux Chef » d’Uriage, n’oublie pas son « équipe volante » dirigée par Hubert Beuve-Méry et Gilbert Gadoffre. Avec les veillées de l’abbé Gèze et du pasteur Cadier, les tournées de l’équipe volante seront « les armes de l’esprit » du maquis.
  3. Les moyens de transport (gazogènes ou vélos) sont un souci permanent pour le commandement d’une zone étendue et montagneuse. Hugues comptait beaucoup sur le « Préfet » du maquis C.F.L. 10 pour lui trouver l’indispensable.
Note de Hugues à Paul Roux

Zone A

Le 15 juillet

Hugues à Paul Roux,

1) Pouvez vous envisager d’envoyer à mon PC une trentaine comme il avait été convenu. Elle passerait 4 jours à l’instruction sous mes ordres après être venue de nuit accompagné par une camionnette de bagages et de ravitaillement.
Je désire la voir en place à un lieu que je vous fixerai ultérieurement mercredi 19.

2) Êtes vous d’accord pour que le travail des Équipes Volantes commence dès que possible dans votre secteur. Sujets traités : Sens de la lutte, Discours du Général de Gaulle, E.P. adapté au combat, les maquis dans l’histoire etc…

3) Laissez moi je vous prie la camionnette jusqu’à lundi. Je viendrai à Vabre avec elle lundi matin. Mais prévoyez m’en une autre !

HUGUES

Note sur une demi-feuille déchirée en papier pelure, adressée le 7 août 1944 par le Commandant Hugues aux responsables du C.F.L. 10. Cette note est rédigée après la mort du Lieutenant Chevalier (5 août), après le parachutage du commando américain (à l’aube du 6 Août) et juste avant l’attaque sur Virgule (nuit du 7 au 8 août) et la descente des blindés allemands sur Vabre (8 août) où le Commandant Hugues a échappé de justesse aux allemands devant l’hôtel Biau, grâce à la présence d’esprit du Maire, M. Gourc, qui lui a permis de s’évader en sautant par dessus un mur. Après cela, la prudence dans la diffusion de notes de service écrites s’est imposée à tous les niveaux de commandement.

Note de Hugues

Zone A

Le 7 août [1944]

L’escadron Lagnès quittera ses cantonnements pour se poster dans la région de L., dès que possible. Le Lieutenant Lagnès se présentera au P.C. de la zone dès son mouvement terminé.

Le lieutenant Roger(1) effectuera un déplacement identique et se déplacera avec mêmes prescriptions. Il prendra contact avec le Cdt de la Zone avant d’engager toute action d’ordres militaires.

Le Capitaine C.(2) remplacera le Lieutenant Chevallier à la tête du 2ème escadron.

Le Capitaine Paul Roux enverra aux [?]oucles avant le jeudi 9 août l’armement suivant :

1 FM avec 1000 cartouches en chargeurs
10 fusils américains avec leur approvisionnement en munitions et les cartouchières
25 mitraillettes avec chacune 5 chargeurs garnis
100 grenades défensives en boites

Il joindra à cet armement 100 pansements individuels

HUGUES

Destinataire :
Paul Roux
Campagne
Honcourt

(1) – Roger CAHEN, commandant la 3ème section de la 2ème compagnie, puis la 2ème compagnie.
(2) – Jean COLOMBINO, qui remplacera Robert CHEVALLIER à la tête de la 1ère compagnie.

Mise sur pied des unités de choc

ZONE A
MISE SUR PIED DES UNITÉS DE CHOC : MOBILISATION DE LA ZONE
-o-o-o-o-o-

La mise sur pied des unités de choc, dans le cadre du Groupe, est en voie de réalisation et doit être énergiquement poussée, la mobilisation de la zone doit être préparée dès maintenant car nous devrons l’effectuer sans délai au moment du départ de l’occupant.

Pour atteindre ces deux buts, le chef de zone s’est adjoint le Capitaine DUMOULIN [Jacques LAMON] et a prescrit la création d’organes mobilisateurs qui doivent fonctionner sous la responsabilité des chefs de secteur.

L’organisation des unités de choc au point de vue des effectifs, du matériel, de l’encadrement et du commandement a déjà fait l’objet d’une note du chef de zone; un schéma relatif au fonctionnement d’un C.M. a été adressé à tous les chefs de secteurs.

La présente note a pour objet de fixer dans la zone A les trois missions des organes mobilisateurs qui sont les suivantes :

1°/ Recruter et équiper le personnel nécessaire pour mettre sur pied, en se conformant au tableau d’effectifs en vigueur, 6 groupes (2 par secteur), soit 2000 Hommes (environ).

2°/ Établir, en prenant contact dans les communes, avec les services publics qualifiés et favorables, des listes de recensement en vue d’une mobilisation prochaine.
Ces listes seront faites en trois parties :

I/ TROUPES

a) Classes mobilisables : jusqu’à la classe 1934 (comprise)

b) Classes à instruire : à partir de la classe 1944 (comprise)

II/ SOUS-OFFICIERS

III/ OFFICIERS

3°/ Rechercher, déterminer, organiser et constituer, de préférence dans des fermes amies, des dépôts de denrées alimentaires, de vêtements et de chaussures qui seront réservées pour la mobilisation à effectuer au moment du départ de l’occupant.

Les chefs de secteurs rendront compte au chef de zône pour le 12 août 1944, des mesures qu’ils ont prises au sujet de la mobilisation et de la mise sur pied des unités de choc ainsi que de l’avancement des travaux de recensement et d’organisation des dépôts.

Pc Zone le 7 août 1944

Hugues

Le Comt Hugues   X
signature

[encadré manuscrit] Si la note est approuvée par le Comt Hugues, prière de faire diffuser l’ensemble du dossier à ??? secteurs (Mazamet, Vabre et Castres). Castres en a pris connaissance. [Signature :] Dumoulin.

Une demi-feuille déchirée sur un bloc de papier à lettres coloré. Apparence inhabituelle pour les notes de service. La note reflète la difficulté pratique des liaisons entre les divers P.C. de la Résistance (D.M.R., Durenque, Hugues, américains, etc.), Vabre restant le pivot des transmissions.

Difficulté pratique des liaisons

le 7 août [1944]

Zone A

Hughes à Paul Roux

1) Le C[apitai]ne Américain désire récupérer immédiatement le sergent-infirmier qui est resté avec le blessé. Dirigez le sur Durenque dès réception de ce mot.

2) D’autre part le Cne Américain voudrait avoir un entretien avec le D.M.R. ou un de ces adjoints très qualifiés dans la journée. Prévenez le D.M.R. que pour ma part je l’invite cordialement à dîner ce soir à mon P.C.

3) Le Lieutenant Vernier est passé ce matin pour me voir. Je n’étais pas rentré. Il est allé ensuite voir le D.M.R. et il doit être à Vabre en ce moment. Voulez-vous lui dire qu’il passe à mon PC ce soir ou demain matin; c’est extrêmement important.

HUGUES

Regroupement de l’armement disponible

Le Capitaine Paul Roux est chargé spécialement de rassembler tout le matériel d’armement encore déposé dans les différents dépôts de Castres et d’assurer le transbordement vers les dépôts nouvellement créés par l’autorité militaire FFI.

Le Cdt de la zone

HUGUES

Ordre de mission du Commandant Hugues pour le capitaine Paul Roux.

1/2 feuille de carnet, encre noire, non daté, probablement du lendemain de la Libération de Castres. Les « dépôts nouvellement créés » étaient surtout le quartier Fayolle de Castres, vidé des allemands prisonniers (pour les soldats : le terrain de rugby; pour les officiers : Vabre).

Commentaire du major Davies, parachuté sur Virgule :

Il était clair qu’il fallait assurer une distribution égale de toutes les armes disponibles, mais leurs possesseurs avaient très naturellement tendance à avoir une affection féroce pour les armes qu’ils avaient utilisées pendant la lutte clandestine…

 

Extrait de « War in Languedoc rouge, aux armes citoyens » – traduction OdR

Recommandations militaires, recto

le 27 juillet [1944]

Zone A

LES ARMES CONTRE LESQUELLES NOUS POUVONS AVOIR
A NOUS DÉFENDRE
———————————————

I- AVIATION

Tout avion ennemi est redoutable. L’avion de reconnaissance qui vole à basse altitude, assez lentement, observe, photographie et transmet par radio des renseignements aux troupes à terre. Nous n’avons guère le moyen de l’attaquer avec les armes dont nous disposons; nous devons nous défendre contre lui par un camouflage aussi achevé que possible des hommes et du matériel. Le meilleur camouflage est celui qu’offre les maisons, granges, etc.
L’avion qui bombarde en vol horizontal n’est pas très dangereux. On se défend contre son tir imprécis en se plaquant contre terre là ou l’on est.
L’avion qui bombarde en piqué a un tir très dangereux et impressionnant. Par contre il est vulnérable car il présente une cible presque fixe dont les dimensions augmentent et la distance diminue lorsqu’il nous attaque. Le cas est fréquent de tireurs à la mitrailleuse ou au FM qui ont abattu des avions en piqué. Il suffit de garder un sang-froid parfait au moment du tir.

II – BLINDES

Les allemands possèdent un nombreux matériel de chars de valeur inégale dont voici les principaux types :

a) auto-mitrailleuses de modèles divers à roues ou à chenilles, faiblement armées, faiblement blindées. Elles peuvent être attaquées à la grenade où à la bombe « Gammon » avec succès. De préférence et c’est une règle générale attaquer des engins arrêtés ; lancer les premières bombes sous le véhicules de façon à le renverser ou à détruire sa partie la plus vulnérable : le train de roulement.
Certaines auto-mitrailleuses sont ouvertes à leur partie supérieure. On peut les attaquer à la grenade, au fusil et au FM bien entendu en visant le personnel à découvert.

b) chars. Les chars légers peuvent être attaqués à la bombe de la même façon que les A.M. Il vaut mieux se dispenser si l’on n’est pas très bien entraîné, d’attaquer les chars lourds.
Cependant voici leurs faiblesses :

  • fragilité de chenilles
  • vulnérabilité des organes moteur qui peuvent facilement prendre feu et qui sont en contact direct avec l’air extérieur par l’intermédiaire de persiennes obliques.
  • cécité relative de l’équipage qui de l’intérieur du véhicule a un faible et chaotique champ de vision.
  • lenteur du pointage des armes montées sur des tourelles qui pivotent difficilement à cause de leur poids.

Un grenadier connaissant bien la physionomie des chars leurs forces et leurs faiblesses peut attaquer un char isolé de très près et le mettre hors de combat.

Sans les détruire on peut arrêter des engins blindés progressant sur les routes, surtout quand elles sont accidentées comme dans le Tarn.

Recommandations militaires, verso

– 2 –

et qu’on ne peut les quitter que très difficilement ou pas du tout. Les arbres abattus, les blocs de rochers, les destructions de points de passage forcés sont souvent des obstacles insurmontables à la progression des chars.
Notons enfin que les chars craignent le feu par dessus tout. Un sac de paille enflammé et bien disposé peut barrer une route pendant la durée de la combustion.

HUGUES

Destinataire :

Paul ROUX
CAMPAGNE
DUMOULIN
COUDERC
JEAN-JACQUES
PASTEUR (pour information)

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