Du commandement départemental du Tarn

Instruction générale

Extraits d’une instruction générale pour les chefs de secteur (du Tarn), 5 pages dactylographiées. Expéditeur : directoire F.F.I. du Tarn, Durenque.

Les directives suivantes orienteront les chefs de secteur sur la tâche qui leur incombe pour la préparation sur l’ensemble du département, de l’action militaire sur laquelle le  commandement doit pouvoir compter le jour venu.Il a été déjà beaucoup fait pour cette préparation, mais il reste à coordonner les efforts individuels tous en laissant aux chefs de secteur l’initiative correspondant à leur éloignement du Poste de Commandement du Directoire.

Les éléments essentiels qui les guideront en toute circonstances résultent toujours de l’examen des facteurs de la décision à prendre dans toute opération militaire :

1) La Mission – 2) L’Ennemi – 3) Les moyens – 4) Le terrain.

  1. La Mission
    En dehors des missions spéciales qui peuvent déjà être données dans chaque secteur, il faudra en première urgence soustraire les hommes aptes à faire campagne à l’emprise de l’ennemi, au camp de concentration, à la fusillade comme otage. […]
    En deuxième temps, on procèdera à la répartition de l’armement, à l’encadrement et à la constitution d’éléments propres à se défendre sur leur propre territoire de repli. […]
    Ce n’est qu’après cette phase que certains éléments actifs, pris parmi les plus jeunes, les plus robustes et les plus ardents, pourront recevoir l’ordre de se rendre, dans une zone extérieure à leur secteur d’origine, pour être regroupés en vue d’opérations plus importantes. Il faudra, durant ce temps, assurer la vie journalière de la population, nourrir les hommes camouflés, assurer la sécurité des familles au foyer. Cela implique donc qu’un certain nombre d’hommes de confiance âgés […] resteront sur place, se sacrifiant au besoin […] pour assurer l’ordre contre le banditisme banal […] pour continuer à faire vivre la population sédentaire.
  2. L’ennemi
    D’après les renseignements généraux que l’on possède maintenant les forces allemandes qui resteront en place autour du Massif Central sont de faible importance. […] 6 à 8.000 hommes sur 200 à 250 kms de périmètre linéaire sur le pourtour de la zone montagneuse. […] Si l’on tient compte des servitudes que leur imposera l’insécurité générale du pays on voit que [les divisions d’occupation n’auront] qu’une très faible possibilité offensive sur un front aussi vaste. […]
    Aussi l’ennemi s’efforcera t’il de doubler ces divisions par des éléments motorisés […] une division de ce type serait prévue pendant les premiers jours du débarquement. […]
    C’est une densité nettement plus faible que celle des troupes que commandaient les Généraux de la République contre les chouans en Vendée. Ces derniers tinrent trois ans livrés à eux-mêmes. Nous n’en demandons pas tant.
  3. Les moyens
    Il est entendu que chaque chef de secteur désignera d’urgence, si ce n’est déjà fait, au moins un terrain de parachutage dans son secteur. […]
    Si les parachutages ont lieu, avant la période d’insurrection, constituer des dépôts fractionnés, au voisinage des zones de repli. Prendre des haches, des scies pour établir sur route et dans les zones de repli les abattis destinés à entraver la marche des véhicules de l’ennemi. […]
    On ne mentionnera ici que pour mémoire l’appoint que constitueront les forces du maintien de l’ordre actuelles qui se rallieront à la Résistance, ces forces recevront des missions distinctes qui leur seront transmises par l’intermédiaire de leurs chefs organiques. Les chefs de secteur en seront tenus informés en temps utile.
  4. Le terrain
    Il paraît peu utile d’insister sur ce facteur auprès des chefs locaux, ceux-ci connaissent mieux que quiconque leur pays. […] Le département du Tarn présente à l’ Est du méridien d’Albi une région montagneuse d’accès parfois difficile et seulement propice au combat à pied. […] On peut préciser […] que des opérations militaires d’une certaine envergure seraient basées sur une concentration préalable de certains éléments actifs dans les Monts de Lacaune, en liaison avec des éléments restés sur place sur le secteur.

L’organisation du repli et des regroupements successifs

Il ne peut être question d’effectuer un repli de toute une population masculine du département au jour J. […] Les bourgades, les villages et hameaux peuvent être, dans leur voisinage rapproché le siège du regroupement des hommes de la commune. Ces derniers se sentiront plus sûrs d’eux-mêmes s’ils sont à proximité de leur famille et en même temps le problème de leur ravitaillement sera d’office résolu. […]
La dissémination apparente suivie de concentrations temporaires effectuées rapidement […] fut la force des chouans. Aussitôt le coup fait, on se disperse par petits éléments, la Commune restant l’unité élémentaire de cette tactique. […]
Dans les quelques jours qui suivront la distribution des armes, les chefs de secteur feront constituer par apport de volontaires, des éléments actifs qui pourront être regroupés. […] une sélection d’hommes résistants à la fatigue, bien chaussés, présidera à ce recrutement. Les Communes rurales ont fourni à l’époque de la Révolution les meilleurs d’entre ces hommes des Bataillons de Volontaires.

Organisation des P.C. – Liaisons à assurer

Les P.C. des secteurs[…] ne doivent être connus que des chefs responsables des échelons voisins, supérieurs et inférieurs. […] Avant d’opérer tout regroupement, faire décanter par les chefs locaux tous les éléments suspects, ne pas les renvoyer chez eux. […] centraliser les renseignements. […] Rien ne peut être fait sans tenir compte de ce que fait l’ennemi. La guerre est le choc de deux volontés; il s’agit de discerner celle de l’adversaire.

Note de service

La note qui suit, du 16 juin 1944, montre la complexité des liaisons entre les différents postes de commandement, dix jours après le débarquement en Normandie. Elle fait état à la fois des accords directs pris par Pol Roux avec l’État-major du D.M.R. avant le 6 Juin (défense du P.C., des émissions radios, du terrain de parachutage régional « Virgule » et du fait qu’Aragon (dit Ollier) qui a accepté d’être le chef provisoire de la zone A en attendant Segonzac, n’avait pas d’état-major militaire sur place. Segonzac n’arrivera à la rescousse que les jours suivants. Il retrouvera son équipe volante dirigée par Hubert Beuve-Méry et installée à Pratlong et plusieurs assistants comme Rouchié/Robinson , mais il ne prendra le commandement de la zone A qu’au 15 Juillet.

Note de service en date du 16 juin 1944 du commandant départemental (Durenque) au commandant de zone (Ollier) pour le chef de secteur C.F.L. 10 (Pol Roux) sur instruction du commandant régional F.F.I. (Verdun) et avec requête au D.M.R. (Brice).

 

NOTE DE SERVICE
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En exécution des Instructions du Régional F.F.I. qui me parviennent aujourd’hui :

La protection du D.M.R. et des postes Radios qu’il a sous son contrôle m’incombe.

Des dispositions ont déjà été prises par le Chef de Secteur intéressé : Ollier voudra bien m’en rendre compte.

Dans son ensemble, j’envisage de compléter les mesures prises de la façon suivante :

1°) Une sureté rapprochée : Déjà assurée, je pense, par le Chef de Secteur et dont je demande plus haut le C.R.

2°) Une sureté éloignée : Il est indispensable de contrôler les principaux itinéraires, au nombre de trois qui commandent la région où se trouve le D.M.R.

J’ai demandé à Ollier d’organiser :

  • Un maquis dans le Sidobre avec des éléments de l’ex-A.S. de Castres (mission donnée à Dumoulin et Couderc).
  • Un maquis aux environs de Brassac
  • Un maquis aux environs du carrefour de la Glévade, 5 km au sud de St-Pierre-de-Trivisy

3°) Une surveillance policière intérieure à la zone couverte par les maquis.-

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Les maquis devront exercer une surveillance attentive sur les itinéraires correspondants à leur zone de stationnement.

Je le répète, occupation invisible : pas de barrages révélateurs. Il s’agira de fixer sur eux l’attention de tout élément ennemi surgissant à l’improviste, à destination de la zône à couvrir, jusqu’à ce que l’alerte puisse être transmise au D.M.R.

Leur effectif sera d’au moins 30 hommes : suivant les possibilités en armement, ce chiffre sera progressivement augmenté, en donnant priorité au maquis du Sidobre.

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Ces dispositions générales n’étant pas prises par moi sur place, risquent de garder un caractère théorique. Il faudra les compléter par des reconnaissances détaillées.

T.S.V.P…..

Je prie le D.M.R. de vouloir bien utiliser la compétence de ses officiers adjoints pour aider Ollier dans la réalisation de cette tâche.Je me rendrai sur place dès que possible.

Ce 16-6-44
DURENQUE. à titre de C.R.

Destinataires :

OLLIER pour exécution
POL ROUX directement vu l’urgence
BRICE pour information
VERDUN à titre de C.R.

« Ordre général n° 6 »

Ordre général n°6, recto

ALBI, le 28 août 1944

F.F.I. TARN
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ÉTAT MAJOR – 3ème bureau

ORDRE GÉNÉRAL N°6

Au moment où les opérations de poursuite et de nettoyage contre les éléments des différentes colonnes qui ont traversé le département viennent de prendre fin, il est nécessaire de procéder du regroupement des différentes forces en vue de leur mise en garde contre toute nouvelle incursion de l’ennemi.

Les renseignements que nous possédons sur l’ennemi permettent de penser que le gros groupement Ouest des divisions types « Marines » ou « Blindées » fait actuellement mouvement de Bordeaux sur Angoulême qu’il a déjà atteint.

La direction générale de ce groupement est celle de la Côte d’Or si toutefois des opérations possibles dans la région de Bourges lui laissent le loisir d’atteindre son objectif.

D’autre part, une menace pèse encore sur nous du fait de la présence de forts éléments allemands qui tiennent la région de Marseille et la rive droite du Rhône qui reste encore actuellement totalement contrôlée par les forces ennemies.

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Dans ces conditions, les Forces Françaises de l’Intérieur du Tarn se regrouperont autour des centres principaux Castres-Albi-Carmaux afin de faciliter leur reconstitution et la manœuvre éventuelle, en toutes direction contre un ennemi provenant aussi bien du Nord-Ouest que du Sud-Est ou de l’Est.

Le groupement Hugues pend à sa charge la sûreté éloignée en direction du Sud et de l’Est : c’est à dire de Mazamet face à Carcassonne – de Mazamet face à St-Pons – et de Castres face à Lacaune, en liaison avec le département de l’Aveyron et de l’Aude.

Le groupement d’Albi plus spécialement actionné directement par mes ordres, assurera la sûreté éloignée face à l’Est, jusqu’à St-Sernin; la liaison vers le Sud, vers Castres et la liaison avec le groupement Carmausin.

Ordre général n°6, verso

Le groupement d’Albi sera éclairé, face à l’Ouest, par le Groupement NAUDY en cours de constitution sous forme de Bataillons et disposant des éléments de GRAULHET LAVAUR ST-SULPICE & GAILLAC.Enfin le groupement de Carmaux reste en réserve de commandement tout en assurant la couverture face à l’Aveyron, de Réquista et face à l’Ouest en direction de Cordes.

Ceci en liaison avec Rodez.

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En somme, il s’agit d’un groupement une mise en garde du Département du Tarn face à toutes directions : l’expression « se mettre en hérisson » peut donner une idée de ce que nous cherchons par le fait que, on doit présenter des pointes en toutes directions, tout en gardant dans la main des gros pour la manœuvre.

Durant cette période, la formation des unités nouvelles se poursuivra sur le mode que j’ai déjà indiqué dans mes notes du 24 & du 26 août, compte tenu de ce que la poussière de petits éléments provenant du maquis doit s’agglomérer en solides bataillons.

J’ai donné des instructions à ce sujet ; je sais que chacun rivalise d’ardeur avec son voisin pour arriver à une belle réalisation qui fera du département du Tarn un précurseur dans la rénovation de l’Armée, celle du Général de Gaulle et celle de la France de demain.

Le Colonel DURENQUE
Cdt les F.F.I. du T A R N

Signé : DURENQUE

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