Bernard Schlumberger (1911-1945)

Bernard Schlumberger en Algérie en 1939

dit Droite, dit Brice
D.M.R. région 4

1911 Naît en Alsace, alors allemande.
Études à Sciences Po, Paris.
1934 Service Militaire dans les zouaves à Bizerte ( Tunisie).
Travaille à la banque Schlumberger à Paris.
1938 Épouse Alice Doefner de nationalité Suisse. Ils n’auront pas d’enfants.
Mai-juin 1940 Combat comme lieutenant de chars (Légion d’Honneur).
Après l’armistice Conduit sa femme en Suisse dans sa famille, rentre en France puis rejoint de Gaulle à Londres par l’Espagne. Entre au B.C.R.A.
Est parachuté comme D.M.R. de la région 4 (Droite), succédant au lorrain Leistenschneider (Carré) qui part en région 1 (Lyon).
Juin 1944 Avec ses radios et saboteurs, gagne son P.C. « de baroud » à Bourion, au dessus de Vabre.
Fin août 1944 Repart sur Toulouse puis Londres.
Décembre 1945 Parachuté en Hollande pendant la campagne d’hiver.

[…] very intelligent and helpfull. Speaks excellent english.

 

Note du Major Davies dans son carnet de bord

[…] He was responsible for organising sabotage attaks on railways and telephones. […] He fought with great gallantry with the forces of the F.F.I. […] He rendered distinguished services to the Allied Cause. […]

 

Extraits de sa citation « In the Order of the British Empire »

[…] Au début du printemps 1944, il est entré chez nous par la fenêtre. Mon mari, Guy de Rouville, Pol Roux au maquis, m’avait dit : « Laisse moi seul. J’attends quelqu’un de très important. Il arrivera par le jardin ».

En ces temps là on ne posait pas de questions. Nous étions maquisards dans notre propre village comme dans une forteresse. Je suis sortie. De la pièce à côté, j’ai entrevu des ombres traversant le jardin. Puis il y a eu un brouhaha inattendu. Soudain, ma porte s’est ouverte : « Bonjour, ma cousine ». C’était Bernard Schlumberger, mon cousin, nos grands-pères étaient frères. Je ne l’avais pas revu depuis mon mariage en 1939. Quelle surprise !

Un D.M.R. qui vient rencontrer un chef de maquis, c’est anonyme. Les agents du B.C.R.A. à Toulouse avait tout prévu sauf des retrouvailles familiales. Le danger était évident. Bernard m’a dit : « Tu ne dis rien ! » J’ai répondu : « Bien sûr ! »

J’ignorais le fonctionnement des services secrets de la Résistance. Mais je savais les drames de ma famille alsacienne : en trois générations, trois guerres, trois changements de patrie avec parfois des options différentes, voulues ou subies. Maintenant, avec Hitler et sa Gestapo, c’était pire que tout. […]

En plus de son titre de D.M.R., mon cousin parachuté a plusieurs identités, ce qui est parfois compliqué : son nom de code est Droite, son nom de guerre est Brice. Et puis il a une carte commerciale d’acheteur de légumes secs. Il me la montre. Les légumes secs, c’est un bon passeport en ces temps de pénurie.

Bernard a été installé avec ses radios dans le P.C. prévu au dessus de Vabre (« a charming villa » dixit le major anglais qui y aussi logé). Il descend parfois pour prendre une tasse de thé avec nous. Ma belle-mère Louise fournit la théière, Bernard fournit le thé : les anglais en mettent une boîte dans le paquetage des parachutés. Ils sont fous, ces anglais ! Nous n’avons pas bu de thé depuis quatre ans.

Quand il doit remonter à pied jusqu’à son P.C – 20 mn de marche, et ça grimpe – il s’essouffle, il fume trop. Il s’excuse : « Si seulement j’avais une jeep ». Je ne sais pas ce que c’est qu’une jeep et j’imagine une moto à 3 roues. […]

Bernard quant à lui, était reparti pour Toulouse et plus loin encore. Je ne l’ai jamais revu.

L’histoire des services clandestins de la Résistance ont si longtemps été classés secret-défense, qu’il a fallu cinquante ans et l’amitié de son copain Carré pour que je sache quelque chose de plus sur Bernard et sur tous ces héros de la nuit qui se nomment eux-mêmes « gens de la lune ».

 

Extraits d’un récit d’Odile de Rouville