Le pasteur Cadier (1898-1981)

Photo collection F. Cadier

Le pasteur Jean Cadier, a effectué la campagne de 1939-40 comme aumônier de la 3ème armée, dans l’Est de la France. Après l’armistice, il est fait prisonnier à St-Dié, détenu pendant un mois, avant d’être libéré et de rejoindre Montpellier.

Professeur à la Faculté de théologie protestante, pasteur au temple de la rue Brueys, fréquentant la Résistance montpelliéraine, ne cachant pas ses positions dans ses prédications, il finit par fuir Montpellier où sa tête est mise à prix 1.500.000 francs par la Gestapo. Il avait abrité chez lui des persécutés de toute sorte, en lien avec l’Armée du Salut et les dominicains et dominicaines de la ville. Un premier refuge lui avait été trouvé dans une maison de repos pour « malades mentaux », titre utile pour cacher des suspects. Grâce à la présence d’esprit de son fils et de sa femme qui le préviennent d’une rafle en cours, il peut partir pour le Tarn où sa famille le rejoindra plus tard.

Un jour, je fus convoqué au Vigan par le sous-préfet qui d’emblée me dit : « Je voudrais que vous avertissiez les pasteurs de la région d’être plus modérés dans leurs prédications, sur le plan politique ». « Monsieur le Préfet », lui répondis-je, « vous savez combien il est difficile d’intervenir dans ce domaine de la prédication, où nous devons laisser aux pasteurs une entière liberté d’expression, en présence de Dieu ». « Je veux bien », me dit-il, « mais je veux que vous sachiez que toute parole prononcée du haut de la chaire est notée et que cela pourrait valoir des représailles par les autorités d’occupation. Tenez, je vais faire pour vous quelque chose que je ne fais jamais ». Et ouvrant devant moi un dossier, il me montre les rapports de police où tous les sermons étaient résumés et les paroles jugées séditieuses relevées. Tel dimanche, untel a dit… Je fus abasourdi.

 

Jean Cadier, « Quelques souvenirs de la Résistance », 26 mai 1975

En juillet 1944, il devient aumônier du maquis (à la demande de Guy de Rouville) puis en septembre, aumônier de la 1ère Armée (à la demande du général de Lattre). Il était né à Vabre où son père lui-même était pasteur. C’est donc un « enfant du pays » même s’il n’y a guère séjourné ensuite, et il n’est pas question qu’il s’y cache sous une fausse identité. Il habitera chez les Rouville – parfois avec son épouse Madeleine – et en cas de nécessité peut « riper » dans la maison d’en face, celle de la famille Suc. Son collègue catholique et voisin de chambre, l’abbé Gèze, trouve lui parfois refuge chez le Père Cugnasse, supérieur du proche petit Séminaire de Pratlong.

Un jour, les allemands vinrent à Vabre, ils incendièrent un garage et une maison, puis installèrent une mitrailleuse à l’entrée du pont qui surmonte le Gijou. A l’autre bout du pont, il y avait le château des de Rouville où nous logions, mais qui était désert à l’approche des allemands. Seuls étaient restés l’abbé Gèze et moi. Cachés derrière des buissons du parc, nous attendions. Mais les allemands n’ont pas franchi le pont, comme arrêtés par une main invisible. Or s’il y avait une maison à brûler à Vabre, c’était bien le château, le PC du maquis. Mais il était miraculeusement protégé.

 

Jean Cadier, « Quelques souvenirs de la Résistance », 26 mai 1975

Le Pasteur Jean Cadier était cosignataire en 1941 d’un texte de résistance chrétienne au totalitarisme de Vichy appelé « thèses de Pomeyrol » et qui n’est pas sans rappeler la « déclaration théologique de Barmen » (1934) de « l’église confessante » allemande persécutée par Hitler (pasteur Neimöhler).

Ci-dessous : Au verso d’un papier à entête du Syndicat Intercommunal d’électrification que préside Henry de Rouville, le père de Pol Roux, le pasteur Jean Cadier a dactylographié pour la famille qui le reçoit les « thèses de Pomeyrol ». Discrètement plié en quatre et dissimulé dans un livret, ce papier vient d’être retrouvé lors d’un triage de volumes sur le scoutisme, pour être donné au Musée du Protestantisme de Ferrières (Tarn).

Recto : Moitié d’une page à entête du Syndicat Intercommunal d’Électrification

 

Verso : texte du Pasteur Jean Cadier
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