La vie de l’Amicale (1945-21éme siècle)

La naissance de l’amicale

Par courrier du 1er janvier 1945, le Capitaine de Rouville / Pol Roux, aux Armées, a demandé au Sous-Préfet de Castres d’agréer l’Amicale des maquis de Vabre.

Lettre au sous-préfet de Castres pour la création de l’Amicale des Maquis de Vabre

Cette déclaration paraîtra au Journal Officiel 10 jours plus tard :

Création de l’Amicale des Maquis de Vabre, au Journal Officiel de 1945.

Il lui transmettait les statuts, au fil de leur actualisation (ci-dessous version du 17 Mai 2001).

Statuts 2001 de l’Amicale des Maquis de Vabre

La première réunion de l’Amicale a eu lieu, le 21 Juillet 1945 à la Gasthaus zum krone de Markelfingen, près de Constance, alors que le 12ème Dragons était en occupation.

Signature des membres à la première réunion de l’Amicale

Depuis sa création, l’Amicale a organisé 13 rencontres : Pour le 1er anniversaire en 1946, puis le 6ème, le 8ème, le 9ème, le 10ème, le 15ème, le 20ème, le 30ème, le 40ème, le 45ème, le 50ème, le 55ème, et enfin pour le 60ème anniversaire.

Et comme il est des anniversaires qui marquent plus que les autres, le 60ème anniversaire a été l’occasion d’une ultime rencontre, sans doute la dernière. De la soixantaine de membres actifs de l’Amicale, environ 45 ont pu faire le voyage à Vabre, pour les 3 journées de rencontre du 16 au 18 juin 2004, avec un colloque présidé par le Professeur Patrick Cabanel sur le thème : « Résistance à ciel ouvert – Combats pour nos Libertés ».

Compte-rendu du 60ème Anniversaire

Voir les minutes du colloque du 18 juin 2004 au temple de Vabre .

L’Amicale des Maquis de Vabre, a tenu à marquer le soixantenaire de la Libération du Tarn Sud à laquelle ses unités de maquisards ont efficacement participé.

A la boule de Cap au Vent

Le mercredi 16 Juin 2004 se retrouvent dans deux hôtels de Castres nos anciens de Paris ou de l’étranger. Un car les rassemble et ils retrouvent ceux venus en auto, dès 16 heures, à la pierre de Cap au Vent, mise en place pour le cinquantenaire auquel avait été associé l’Amicale du 12ème Dragons. Un piquet d’honneur du 8ème RPIMA de Castres et son clairon participent traditionnellement à ce dépôt de gerbe en souvenir du gendarme Rulaud, la seule victime dans nos rangs lors de la prise du train de Labruguière.

En ce lieu, nos pensées affectueuses vont en particulier vers ceux qui n’avaient pu, cette année, nous rejoindre : la générale Dunoyer de Segonzac récemment décédée, et Gaby Nahas que la maladie retenait aux États-Unis mais que Maryline, son épouse, représente. Tous se retrouvent ensuite pour un dépôt de gerbe à la stèle du 12ème Dragons à la caserne Fayolle de Castres, en présence du Colonel Brousse commandant le 8ème RPIMA. M. Bugis, maire de Castres, son conseil municipal et ses invités, nous reçoivent à la mairie de Castres.

Pol Roux rappelle les liens étroits qui unissaient Castres et sa montagne. Lui-même est né à Castres en 1915, où son père était officier de cavalerie, le même jour qu’Henri Perrier, mort au 12ème Dragons dans les Vosges. Il y avait au Maquis de nombreux élèves de Jean-Jaurès ou de l’École Professionnelle de M. Houpe et puis sa propre fille, Cécile France Victoire, naissait, à la clinique Martial, le jour même qu’Elie Gamzon, fils de Robert, le fondateur des Éclaireurs Israélites, mais aussi du maquis de La Malquière, devenu 2ème Compagnie de Vabre.

Devant la stèle de Cambous

Le jeudi 17 Juin est consacré à la visite des sites et lieux de mémoire. D’abord à la stèle de Cambous où fut blessé mortellement le lieutenant Chevallier. Sa petite-fille, Madame Bruno Sire, chargée des Affaires Culturelles en Aquitaine a tenu à accompagner ses enfants. Puis c’est la montée à la stèle de Virgule par un temps splendide et la rencontre, préparée, des enfants de Germain Records, premier mort du Maquis, qui fut fusillé le 8 août 1944 à Saint-Céré avec le capitaine Pélissier/Carton et le lieutenant Cressot/Chénier.

Sur ordre du D.M.R. dont le P.C. était à Vabre, ils étaient partis de Saint-Pierre de Trivisy avec leur voiture pour ramener des armes du Lot, les deux officiers précédaient un camion du Maquis avec six hommes. A Saint-Céré ils durent s’arrêter au garage Gambade pour réparer de nombreuses crevaisons, et pour une aide éventuelle. Ils proposèrent à Records de le prendre en voiture. C’est entre Saint-Céré et le terrain de Chénier que la voiture croise une importante colonne allemande et fut arrêtée. Trouvés porteur d’armes individuelles les trois occupants furent fusillés à Saint-Céré devant l’hôpital. Une stèle marque cet endroit. Les cinq maquisards restant dans le camion purent sauter dans les éboulis et quatre d’entre eux rejoignirent Saint-Pierre dans le Tarn.

Stèle de Virgule

A l’occasion de cet anniversaire, le neveu du garagiste est venu spécialement retrouver deux des cinq autres maquisards du camion, Maurice Julien et Georges Chamayou d’Espérausses. Pol Roux remet à Robert Records la Médaille Commémorative de la guerre 1939-1945 de son père Germain Records, puis il en remet une à Pierre Cavaillès, ancien secrétaire de Mairie de Viane et enfin à Madame Bruniquel pour son époux Fernand qui fut, avec son char à boeufs, de tous les parachutages, convoyant les matériels largués jusqu’aux camions.

Ensuite a lieu le traditionnel lâcher de pigeons grâce à l’équipe du Messager Fidèle de Castres. Le Colonel Smith de l’Armée Britannique lut un message de son Ambassadeur comme le fera plus tard le Capitaine Gabrielle Maddaloni de l’Armée des États-Unis. A La Roque a lieu traditionnellement devant la stèle, l’appel des 25 morts pour la France, 11 dans le temps du maquis du 8 juin au 13 Août 1944, 12 dans les rangs du 12ème Dragons, de Bezouotte et du Mont de Vannes à Fessenheim, et 2 dans leur régiment d’origine, à Royan et à Dien Bien Phu en 1945.

Enfin l’auberge du Gijou reçoit la centaine de participants, auxquels se joint notre député de la montagne Philippe Folliot. Madame Roussel, Conseiller Général n’a pu rester au repas. Sous une tente extérieure notre chère et fidèle amie Mette Gaffié-Armengaud reçoit une quarantaine de ses anciens élèves de l’école de Saint-Pierre de Combejac et des anciens résistants, car elle fut un exemple de résistance civile et d’aide aux personnes menacées, les juifs en particulier. En car et en voiture tous se rendent au cimetière de Viane pour déposer une gerbe. Pol Roux, par tradition, lit une dernière fois le poème écrit par Patrick Bloch juste un an avant sa mort à La Roque et ses camarades organisent une petite cérémonie de prières.

C’est enfin au Bousquet qu’a lieu le parachutage en deux avions d’une dizaine de volontaires du 8ème RPIMA devant une foule, où se trouvent de nombreux jeunes, curieuse d’assister à cette descente du ciel, comme en 1944 leurs aînés aimaient contempler des parachutes pleins de promesses.

Ferme de Lacado (ancien maquis)

Le 18 juin, le rendez-vous est au temple de Vabre, haut lieu de la Résistance vabraise, avec ses immenses tables de la Loi. C’est là que se réfugiaient souvent – en 1944 – encouragés par le pasteur Cook, ceux qui croyaient au Ciel, ceux qui n’y croyaient pas, simplement parce que l’atmosphère qui y régnait et l’épaisseur des murs, y sécurisaient chacun. Pol Roux rappelle alors la remise de la Médaille des Justes au pasteur Cook le 13 Octobre 1991 et un extrait de ce qu’il avait cru bon d’exprimer à l’époque, pour la paix dans ce Moyen-Orient si cher à nos cœurs de chrétiens et de Français, et qui est toujours valable.

Cette année est présent l’abbé Cugnasse, décoré de la Médaille des Justes et ancien directeur du Petit Séminaire de Pratlong, où s’abritaient de nombreux juifs et l’équipe volante d’Uriage en Juin 1944 avec Beuve-Méry, futur créateur du Monde, Gadoffre, futur directeur des Rencontres de Royaumont, Jean-Marie Domenach, futur directeur d’Esprit, Cacérès et bien d’autres. Il est entouré du curé Rouanet de Vabre et de l’Abbé Maynadier, historien passionné des Maquis de la 2ème compagnie de Vabre, mais aussi de deux responsables de Yad Vashem, notre ancien Lucien Lazare et Lucien Fayman.

Lucien Lazare et Lucien Fayman
Patrick Cabanel

Un colloque présidé par le professeur Patrick Cabanel a lieu avec la participation d’Odile de Rouville qui remet officiellement à Madame Desachy, directrice des Archives Départementales du Tarn, les archives du Maquis particulièrement riches et diverses, avant, pendant et après le temps du Maquis sur le plan administratif, militaire mais aussi politique. Le pasteur Bois, ancien directeur de la CIMADE, apporte son concours ainsi que notre camarade Lucien Lazare venu spécialement de Jérusalem. Ce colloque a été enregistré et les enregistrements des trois journées seront à la disposition des participants.

De nombreuses personnes de la montagne et des membres du Musée de Ferrières ont rejoint l’Amicale, Madame Dayon député suppléante de notre député Folliot, des maires et conseillers généraux, Monsieur Guérault, inspecteur d’académie, M. J. Yves Wiss, directeur de l’O.N.A.C, le colonel Bardiès, président du Souvenir Français, Robert Marty, président de l’U.D.C.V.R. et en grande tenue, le général de corps d’armée Arsène Woisard, ancien du Maquis et du 12ème, le colonel Ansart du D.M.D. 81, le colonel Michaël Smith de l’armée britannique, la capitaine Maddaloni de l’armée des U.S.A. et le capitaine Ponsot, représentant le Chef de Corps du 8ème RPIMA, accompagnant le piquet d’honneur. En sortant chacun fut heureux de retrouver une traction avant noire prêtée par Monsieur Miallet, rappelant qu’en 1944 le docteur Biau, dentiste de nos maquisards et adjoint au maire, avait mis sa traction avant, spéciale, à la disposition de Pol Roux avec laquelle celui-ci est parti à tous les parachutages annoncés, même souvent non exécutés.

Sortie du colloque au temple de Vabre
Dépôt de gerbe à la stèle de Vabre

La matinée se termine par un dépôt de gerbe à la stèle de Vabre où furent tués un Dimanche d’août 1944 deux de nos plus jeunes maquisards, par une forte colonne motorisée allemande qui avait traversé Vabre alors que toute la population était au temple ou à l’église, ce qui avait évité le pire. Pol Roux rappelait avec émotion que le 13 mai 1990 en présence d’André Jarrot, Compagnon de la Libération et Président de la C.N.C.V.R, qui présidait ce jour là à Vabre le Congrès de l’Union Départementale, avait été dévoilé la plaque reproduisant l’affiche londonienne de l’appel du 18 Juin 1940. Il rappelait aussi que le 18 Juin 1945, devant le général De Gaulle, quatre escadrons des maquisards du 12ème Dragons du Général avaient défilé sous l’Arc de Triomphe de l’Étoile derrière leur chef le colonel Dunoyer de Segonzac. C’était la deuxième fois dans le siècle et la dernière que le défilé des troupes passait sous l’Arc de Triomphe. Enfin ce 13 Mai 1990 avait été allumé, devant notre stèle un flambeau qui allait, avec celui parti de l’ossuaire de Fonbruno, représenter le 18 Juin 1990, à l’Arc de Triomphe de Paris, la Résistance tarnaise.

La capitaine Gabrielle Maddaloni, de l’armée des États-Unis, le colonel Smith, de l’armée britannique, le général Woisard, ancien des maquis de Vabre, le colonel Ansart, D.M.D., et M. Wyss, directeur de l’O.N.A.C.

Le vin d’honneur suit, offert par la municipalité, et le banquet est la dernière phase de cette ultime rencontre, chaleureuse et conviviale ou chacun exprima ses sentiments les plus profonds et rappela les valeurs qui furent les nôtres en 1944-1945, trop souvent perdues de vue. Avant la séparation certains allaient visiter le Musée du Protestantisme à Ferrières ou l’exposition du Maquis à Vabre, qui devrait trouver en 2005 un nouvel emplacement définitif près du Syndicat d’Initiative.

Discours de Guy de Rouville à Cap au Vent

Le 19 août 2004, Pol Roux a prononcé un ultime discours à la boule de Cap au Vent, en passant le flambeau à M. Deljarry, maire de Labruguière.

Monsieur le Maire, mes chers Camarades et chers Amis,

 

Le 19 août 2002 je vous avais donné les raisons qui avaient motivé l’Amicale des Maquis de Vabre pour marquer son 50ème anniversaire pour mettre en place cette boule descendue de nos montagnes comme le firent nos maquisards. L’Amicale était en effet présente ici en 1944 par sa deuxième compagnie dite « Compagnie Marc Hagueneau », commandée ce jour-là par Roger Cahen. L’Amicale des Anciens du 12ème Dragons qui comprend la presque totalité des participants à cette opération s’est jointe aussitôt à nous. C’est pourquoi ici, cette boule, est à fois une fin et un commencement : Le Maquis et la Première Armée Française.

 

L’année dernière en 2003, je rappelais que cette boule était pour nous un témoin de ce qui s’était passé à cet endroit même. Elle avait été offerte et transportée par l’entreprise de Michel du Grès, propriétaire carrier à la Fontasse, dont un ancêtre était capitaine au régiment d’Artois, créé à Maastricht en 1675 et devenu 12ème dragons dès 1971. Elle était placée sur un terrain cédé par M. Gonzalès.

 

La Résistance avait perdu ici l’un de ses courageux volontaires, le gendarme Rulaud ; cette boule est aussi dédiée à sa mémoire.

 

Je vous annonçais, prémonition osée, la présence de sa fille pour aujourd’hui, mais un léger ennui de santé nous a privé de sa présence.

 

Ceux qui restent fidèles aux souvenirs des événements d’il y a 60 ans savent combien je n’ai cessé de lutter contre les oublis ou les erreurs de l’histoire, présentés la plupart du temps par de jeunes historiens ou journalistes souvent mal informés, et qui n’étaient même pas nés à cette époque. Alors je vous dois une explication.

 

J’avais toujours indiqué, d’après les lettres du commandant Hugues, qu’il y avait cette nuit là ici : les hommes de son P.C. avec en particulier Beuve-Méry, le Docteur Nahas, Rouchier dit Robinson, le groupe de son frère Jean alias Martin, le groupe d’Audibert de Lussan alias Antonin formé d’anciens du 3ème Dragons, la 2ème Cie de Vabre et le commando américain du Capitaine Lagueux qui ne comprenait plus que 12 hommes, deux ayant été tués au Rialet et l’autre gravement blessé lors du parachutage et toujours au Bousquet chez mes parents.

 

Or j’ai eu récemment l’occasion de relire dans les documents d’archives que nous remettons aux Archives Départementales du Tarn, quatre lettres que m’avait envoyé le commandant d’active Charles Weil dit La Blanche, entre mai et octobre 1979. Il rappelait que le commando américain de 15 hommes annoncé sur Virgule pour le 7 août 1944 devait rejoindre le Commandant de Segonzac/Hugues alors dans la région d’Anglès pour des opérations contre les troupes allemandes du bassin du Vintrou. Hugues a demandé alors à Coudert de détacher auprès de lui le peloton de l’aspirant La Blanche pour aller accueillir, à Virgule, le commando, assurer dans un premier temps sa sécurité vers un point de rendez-vous en attendant de gagner un emplacement de maquis, assurer ses transports et de ne pas le quitter d’un pouce !

 

En effet dans un premier temps, après une journée au Reclot, le commando préféra s’installer sous la tente dans un bois de la ferme Mary avec son matériel et sa radio – en liaison avec la Corse !

 

Cette mission fut remplie sans faille par son peloton et La Blanche explique en particulier comment sont morts les deux G.I. entre le Rialet et le Vintrou dans une rencontre avec une colonne de side-cars allemands.

 

La Blanche précise ensuite que les six jeunes tués au Pont de l’Arn avaient été enlevés à son peloton, pour quelques heures seulement, afin d’accompagner un transport d’armes de Mazamet vers le maquis, dirigé par un boulanger résistant. Pour La Blanche, qui n’était donc pas sur les lieux, ces jeunes auraient perdu leur sang froid en rencontrant la colonne allemande et ouvert le feu.

 

Dans un article de La Dépêche du 17 août, il s’agissait d’un transport de carburant synthétique fourni par Duco à Saix et ce sont les allemands qui auraient tirés seuls, tuant les sept résistants dont six du peloton. Cette contradiction apporte une preuve de plus des difficultés que rencontrent les historiens pour cerner la vérité. Je penche quant à moi sur un transport de carburant.

 

Il faut donc ajouter aux participants de Cap au Vent ceux qui restaient du peloton de La Blanche après l’incident du Pont de l’Arn et accompagnaient toujours le commando américain. Ceci dit, l’histoire de cette boule en ce lieu est bouclée.

 

Que restera-t-il des témoins encore présents aujourd’hui, pour les cérémonies de 2009 ? Alors ce sera à vous, Monsieur le Maire, aux hommes de votre génération de prendre réellement le relais.

 

Il faudra expliquer pourquoi cette boule nous est chère. C’est sans doute parce que c’est la première des embuscades dans le Tarn sud qui fut un authentique succès militaire sans les hécatombes qu’ont connu nos camarades des Glières, du Vercors ou plus près de nous du Mont Mouchet. Certes en face de nous ce n’était plus les troupes jeunes et aguerries de la Division « DAS REICH »; il y avait eu Stalingrad, les troupes alliées fonçaient déjà sur Paris et, en Provence, le débarquement réussissait.

 

Mais ces troupes qui venaient des fronts de l’est étaient encore bien encadrées et pouvaient faire encore de gros dégâts à nos maquis et brûler bien des villages ou des villes. C’est parce que l’opération avait été décidée et organisée par le Commandant de Segonzac, un chef doué d’exceptionnelles valeurs militaires et morales, appuyée par un encadrement de qualité, exécutée par des volontaires déterminés, qu’il n’y a eu qu’une seule victime ce jour là dans nos rangs.

 

La guerre, comme toute activité humaine, réclame un professionnalisme sérieux, nous avons trop manqué dans nos maquis de cadres aguerris, et c’est pourquoi nous nous sommes réjouis de voir l’armée française devenir désormais une armée professionnelle de volontaires, en espérant qu’elle gardera l’enthousiasme de notre propre jeunesse.

 

Et puis, Monsieur le Maire, vous aurez à faire comprendre aux jeunes qu’ici, chaque année comme devant tout autre stèle de la Résistance, nous venons chercher le message de vie et de liberté dont étaient porteurs nos camarades et ce privilège ne leur sera pas ôté.

 

Pour nous, chacune de ces ombres en ramène du fond de la nuit une autre par la main, l’ombre d’un frère, d’un ami, tombé dans les jours de désespoir et sans qui, ces jeunes d’aujourd’hui n’auraient plus la chance d’espérer.

 

Mais à ceux de votre génération, vous pourrez dire notre déception de constater combien nous avons manqué de courage civique ou familial en laissant les droits prendre le pas sur les devoirs, les satisfactions égoïstes sur la solidarité, l’oubli de nos rêves d’alors et de nos ambitions collectives pour un monde meilleur et plus juste, notre silence insupportable quand les valeurs que nous défendions étaient oubliées ou déformées.

 

Comment avons-nous pu laisser une génération d’écoliers apprendre à chanter « Maréchal nous voilà » et constater que nos petits-enfants ignorent souvent la Marseillaise, ce chant mythique qui, des soldats de l’an II aux maquis de 44 était porteur de liberté.

 

Notre raison d’espérer est de voir venir un sursaut.

 

En 1948, à La Haye, peu après la cessation des hostilités, alors que l’Europe était encore en feu et que la Paix ne serait jamais signée, des résistants et des militants de tous horizons ont répondu à l’appel de Winston Churchill pour imposer une paix effective. Ce fut la création du Mouvement Européen – et le Tarn a été le premier département affilié. Lorsque le cas difficile du réarmement européen s’est présenté, les six parlementaires tarnais, de Deixonne à Reille-Soult ont lancé un appel pour la C.E.D qui aurait aussi imposé aux politiques la création d’une constitution.

 

Le Parlement n’a pas suivi en 1954 – il y a cinquante ans ! Mais au moins nos militants ont permis 60 années de paix en Europe, délai inimaginable il n’y a pas si longtemps !

 

Alors en conclusion, Monsieur le Maire, et ce n’est pas un testament mais un vœu, expliquez à ces jeunes qu’il faut être des militants fervents, passionnés de bonnes causes et de vraies valeurs et surtout ne jamais se taire quand l’essentiel est en danger.

Le 9 septembre enfin, Guy Madern et Pol Roux, au Refuge Protestant de Castres, ont remis la Médaille Commémorative de la guerre 1939-1945 au titre de la Libération, à Lydie Enjalbert épouse Gary qui, habitant avec sa famille à La Malquière en décembre 1943, a participé à l’accueil et l’entretien du premier noyau de la 2ème compagnie des Maquis, dite Compagnie Marc Hagueneau, et à de nombreuses liaisons dangereuses.

M. et Mme Gary au Refuge Protestant de Castres après la remise de la médaille

Le 65ème et ultime anniversaire

Pour la 16ème et ultime fois, depuis 1945, l’Amicale des Maquis de Vabre, ses anciens toujours là, leur famille, ses amis, ses voisins de la montagne, se réuniront pour un dernier hommage à leurs disparus, sur les lieux emblématiques de leur histoire les 17 et 18 juin 2009, et remercier la population de ces Montagnes Tarnaises qui les ont accueillis et protégés avec tant de chaleur et d’affection.

Programme du 17 juin, dépôts de gerbe :

  • à Cap au Vent (entre Labruguière et Mazamet) – 9h
  • à la stèle du lieutenant Chevallier (Cambous) – 10h30
  • à la stèle de Virgule (terrain de parachutage) – 12h
  • à la tombe de Patrick (Bloch) – 14h30
  • à la stèle de La Roque (ancien maquis) – 16h

Et du 18 juin :

  • Réunion à Vabre, visite des lieux et de l’exposition du Maquis – 9h30
  • Dépôt de gerbe à la stèle de Vabre – 14h
  • Parachutage du 8ème RPIMA de Castres à Bousquet (St-Pierre-de-Trivisy) – 14h30

Après 2017…

Après les décès de Guy & Odile de Rouville (en janvier 2017 à quinze jours d’intervalle), inlassables acteurs de la mémoire et de l’amitié qui dure, l’Amicale des Maquis de Vabre (qui a 72 ans) poursuit son chemin sous la présidence de Guy Madern, « jeune ancien » des Maquis de Vabre, et une poignée de nouveaux acteurs, qui n’ont pas connu cette période de Résistance et qui tentent de faire perdurer cette mémoire vabraise à Vabre, sans y être pour certains.

Ceci se matérialise au travers de ce site web, rénové en 2017 après 17 ans d’existence, et de l’exposition à Vabre même.

Si vous souhaitez aider l’Amicale (notamment par un don), vous pouvez nous contacter ici.

 

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