Réception du commando américain (6 août 1944)

Dans la nuit du 6 au 7 août 1944, un commando américain de 15 hommes (la section OSS « PAT ») est parachuté sur « Virgule ».

Une partie du commando de 15 américains (section OSS « PAT ») parachutés sur « Virgule » dans la nuit du 6 au 7 août 1944

Dans l’après-midi, nous avions hurlé de joie parce que les « messages personnels » avaient annoncé : 15 amis vous diront ce soir que le chargeur n’a que vingt balles. Qu’est-ce que cela voulait dire ? […]

 

Odile de Rouville

Le vent avait déporté nos amis US et au lieu de se recevoir sur le terrain prévu, ils furent accrochés dans les arbres. Avec deux ou trois camarades, nous nous précipitèrent pour recueillir au pied d’un arbre l’un des parachutistes. Il était blessé à la cheville et lui demandant « s’il y avait un médecin dans son groupe », il nous répondit en bon français : « Je suis médecin ! ».

Nous avons remarqué la façon technique de l’arrivée au sol des paras US. Ils dégrafaient et jetaient leurs casques de saut, sortaient de l’épaulette gauche leurs calots et ainsi, en grande tenue, pointaient leurs armes… en espérant quand même n’être reçus que par des amis.

 

Pierre Alquié

A toutes jambes, je cours vers le point de chute. Dans la pénombre et au milieu de cette végétation surgit un individu, portant vers moi un colt menaçant mais, emblème rassurant, avec un drapeau américain en brassard.

Ma réplique fut alors immédiate :

– I am french, welcome !

Et en réponse j’entendis :

– Sergent chef Gautier, canadien du Québec.

Une embrassade pleine d’émotion venait sceller cette rencontre ! Puis la conversation s’engage… en français. Je m’empressais de souligner que nous étions peut-être parents très éloignés. Gautier était le nom d’un de mes oncles.

Après ces préambules, il fallait faire disparaître le parachute, et comme je demandais à Gautier ce qu’il fallait en faire, il me répondit : « Vous en ferez des chemises ». Ce qui voulait dire en clair que les dévouées couturières de Vabre n’allaient pas manquer de travail.

 

Jacques Noyez

Un jour, ce fut un américain parachuté qui s’était un peu abîmé et écorché en atterrissant dans les branches d’un arbre, son blouson tâché de sang et la figure lacérée. C’était un costaud très grand. René, 55 kg, l’a pris en charge à Vabre, a pris aussi son sac sur le dos et l’a amené à Renne. Arrivé là-haut, l’américain, commando rompu et entraîné, disait : « Ce petit m’a fourbu en montant si vite et en plus, il portait mon sac ! ».

 

Edgard Fuchs

Robert Esquenazi avec Louise et Odile de Rouville, à Vabre

[…] Au milieu de la nuit, on entend les avions puis plus rien. Tout à coup, une auto arrive, brouhaha, je me précipite, la porte s’ouvre, Guy entre avec deux ou trois maquisards portant un blessé, un jeune homme brun en uniforme. Miracle, il y a une bannière étoilée sur son épaule, c’est un américain ! […]

Robert [Esquenazi] est resté dans une chambre du grenier, surveillé par Jérémie le jardinier, jusqu’à la Libération de Castres. On a caché son uniforme, en cas de danger, il prétendait facilement qu’il était un ouvrier espagnol car il était cubain. Je montais tous les jours lui donner des nouvelles de la guerre. Il était très patient, ne se plaignait jamais, disant : « I just think ». Son Capitaine [C. Lagueux] est venu le voir quand deux de ses camarades ont été tués à l’embuscade du Vintrou. C’était des garçons formidables, tous volontaires. Les deux morts, en uniforme, ont terrifié les allemands qui les avaient tués. C’étaient avant même le débarquement du 15 août dans le midi et les alliés, en Normandie, étaient à 800 km de nous.

Quand j’ai entendu à la radio les premières fusillades retransmises de la bataille dans Paris, j’ai couru lui dire : « The F.F.I. have liberated Paris ». C’était un peu prématuré mais il s’est écrié : « It’s the french Révolution all over again ».

 

Odile de Rouville

 

Extrait du livre d’or de la famille Pol Roux, discrètement caché dans la bibliothèque.

H. S. … Davies
Major 8 août 1944

Heureux de retrouver « Ceux de la Résistance »
Vabre 8 août 44
Cdt Plagne

Words can’t express my gratitude to de Rouville Family. May these lines be the expression of my most profound thankfulness.
5 sept. 44 Robert M. Esquenazi (U.S.A.)

I thank you from the bottom of my heart for taking care of my best friend Sgt Esquenazi.
Joseph L. Vezina (U.S.A.)

5 sept. 44
François Harlan

8 août 1944 – Nuit de parachutage sur Virgule. Signature du Major Davies et du Commandant Plagne, cette dernière assortie d’une imprudente citation extraite d’un refrain clandestin :

Ce sont ceux du Maquis
Ceux de la Résistance
Ce sont ceux du Maquis
Qui sauvent leur pays

5 septembre 1944 – Après la libération du Tarn. Signature de l’américain blessé et caché dans le grenier jusqu’à la Libération, signature de son ami et signature de l’adjoint administratif du secteur qui les a ramené vers Toulouse.

Grâce à un visiteur du site, nous savons maintenant que le largage du commando américain a été effectué par le « RAF 624 Squadron – Special Duties », avec le Halifax LW272 (un modèle II série 1A). Cet avion a quitté Blida (Algérie) le 6 août à 21h50 (retour le 7 à 6h40) avec l’équipage suivant :

  • W/Officer Dowding (pilote)
  • F/Sgt Ashworth
  • F/Sgt Duquette
  • F/Sgt Davies
  • Sgt Sansom
  • Sgt Ginn
  • Sgt Font